« Le bien le plus élevé est la liberté individuelle » – le post-christianisme

revue de livre

Mark Sayers

“Disappearing Church, from cultural relevance to gospel resilience” (L’église évanescente, de l’adaptation culturelle à la résilience de l’évangile”)

2016, Moody Publishers, Chicago

Ce livre de Mark Sayers, pasteur à Melbourne en Australie, nous donne dans sa première partie un diagnostic sans complaisance de l’état du christianisme en occident.

Dans son premier chapitre “notre post-christianisme actuel”, Mark nous présente non seulement une photographie de notre culture mais cherche aussi à comprendre comment nous en sommes venus là. Notre société est post-chrétienne dans le sens qu’elle a retenu les valeurs du christianisme, la justice, la paix, mais s’est débarrassée de la source de ces valeurs, Dieu lui-même. Ce qui est contradictoire dans cette démarche c’est que le post-christianisme recherche les valeurs du royaume mais s’est libéré de la volonté de Dieu pour élever à la place la liberté individuelle. On a perdu la notion de prix à payer, d’engagement et de restrictions attachées à l’évangile. Mais on désire le fruit de cette culture chrétienne.

Sayers résume en sept points la nouvelle croyance sous-jacente à toute notre culture occidentale:

1- Le bien le plus élevé est la liberté individuelle, le bonheur, le fait d’être soi-même et de pouvoir exprimer notre identité.

2- Les traditions, les religions, les idées reçues, les règles, les liens sociaux qui restreignent la liberté individuelle, le bonheur, la définition et l’expression de notre identité, doivent être soit reconstruites soit déconstruites soit détruites.

3- Le monde va nécessairement s’améliorer, et ce grâce à l’accroissement de la liberté individuelle. La technologie, en particulier l’internet, sera le moteur de ce progrès vers l’utopie.

4- L’éthique sociale de base est la tolérance envers la quête individuelle de chacun pour trouver, définir et exprimer son identité et son moi profond. Toute déviation par rapport à cette éthique de la tolérance est dangereuse et ne doit pas être tolérée. De ce fait la justice sociale est moins concernée par l’économie ou l’inégalité issue des classes sociales que par des questions d’égalité en rapport avec l’identité individuelle, l’expression individuelle et l’autonomie personnelle.

5- Les êtres humains sont intrinsèquement bons.

6- Les très grandes structures ou institutions sont au mieux suspectes et au pire mauvaises.

7- Les formes extérieures d’autorité sont rejetées et l’authenticité de l’individu est mise à l’honneur.

Il est étonnant de constater que toutes sortes de groupes radicalement opposés sur le plan politique par exemple se réclament toutefois de ces mêmes valeurs. Ces dernières correspondent en fait à la vision du monde de millions d’habitants en occident.

Il ne s’agit pas tant d’une idéologie que d’une sorte de croyance religieuse. Et cette croyance paralyse spontanément notre sens critique, vu que toute autorité est vue avec suspicion et que seule l’opinion individuelle a de la valeur. On peut parler de religion dans le sens que cette vision du monde se base sur une foi inébranlable dans la liberté individuelle. Donnez-nous le maximum de liberté et tout ira bien!

Sayers note que ces croyances n’ont pas été inculquées, imposées. Elles n’ont pas été débattues âprement comme ce fut le cas des idées de la Réformation. Elles nous ont été communiquées à un niveau subconscient par les grands prêtres de la communication et les techno-prophètes de la Silicon Valley. Le bien étant limité au bonheur individuel, ce genre de croyance passe très bien dans l’inconscient collectif qui ne demande pas mieux! L’un des effets désastreux de cette culture passive est le fait que nous ne voyons pas plus loin que notre bout du nez, du moment que le bonheur nous est assuré. Tant et si bien que ni l’histoire ni l’avenir ne nous préoccupent. Notre société souffre “d’une amnésie collective à propos de tout sauf de l’immédiat, l’instantané et le moi…”. Nous n’avons pas besoin de Dieu pour notre avenir car il y a cette foi sous-jacente dans un progrès constant: les choses ne pourront qu’aller mieux. Ma vie sera meilleure!

L’espérance chrétienne de la vie éternelle a fait place au progrès de notre vie terrestre sur le plan de la santé, de la richesse et du bonheur. Voilà le moteur de la disparition de l’église en occident. Notons en passant que la définition donnée à la “vie éternelle” dans nos milieux ecclésiastique est assez élastique… et pour cause! On met plus l’accent sur la qualité que sur la quantité de cette vie éternelle… et on rappelle qu’elle commence dès la nouvelle naissance, dès aujourd’hui. Si tout cela est vrai, nous ne devrions pas pour autant oublier que l’espérance chrétienne va plus loin que ces “arrhes de l’Esprit”, elle vise l’héritage des saints dans la lumière, la rédemption de notre corps, la Jérusalem céleste… (voir Hébreux 12:22-24 et I Pierre 1:3-12)

Sayers continue par décrire un phénomène récent (même si pas nouveau), celui d’églises athées. Le philosophe Alain Botton est un peu le penseur de ce mouvement. “L’assemblée du dimanche”, a été créée à Londres. On y chante sur des musiques contemporaines, on y entend des messages, on y fait des offrandes, on se préoccupe de projets sociaux, il y a des clubs pour enfants, des petits groupes durant la semaine, mais il s’agit d’une église dont les membres sont athées… Il s’agit de retrouver les bénéfices d’une vie d’église mais sans la foi. On y retrouve les valeurs citées plus haut. Depuis 2013, 480 assemblées de ce type ont été implantées en dehors de Londres… Plusieurs de ces leaders sont d’anciens pasteurs ou fils de pasteurs qui sont passé de chrétiens progressistes à athées humanistes. Auguste Comte avait lancé un tel mouvement qui n’a duré qu’une génération… La laïcité est clairement en manque de religieux.

Ce qu’on peut lire dans ce mouvement c’est de désir typique de notre société post-chrétienne de retenir certains éléments du christianisme tout en le dépassant.

 

Suite de la revue de livre

 


 

Auteur: Co-fondateur et directeur d’étude de l’IFIM, Institut de formation International de Marseille, Jean-Hugues Jéquier a particulièrement à coeur le monde musulman et la formation de leaders chrétiens équipés dans la Parole et dans l’Esprit. Il est marié et père de 3 enfants.

 

SOMMAIRE

1. “le bien le plus élevé est la liberté individuelle” – le post-christianisme
2. Les origines du post-christianisme
3. Jusqu'à où l'église doit-elle s'adapter à la culture ambiante?

 

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