comment Être un modèle?

Dans la première partie, nous avons cherché à découvrir la dynamique secrète de l’imitation de Jésus-Christ, la dynamique de la grâce. La grâce reçue de la vie nouvelle, la grâce donnée du sacrifice de notre foi en vue de devenir semblable à Jésus dans sa mort et de participer à la puissance de sa résurrection. Nous allons maintenant chercher à comprendre de manière assez pratique à quoi ressemble cette vie de disciple modèle pour d’autres disciples.

Nous ne sommes pas toujours conscients d’être des modèles

Comme nous l’avons vu précédemment, le modèle de Jésus se transmet dans le cadre de la famille. Dans 1 Corinthiens 4 :17, Paul parle de Timothée comme de son « enfant bien-aimé dans le Seigneur ». Dans le contexte, Timothée était censé rappeler aux Corinthiens ce que Paul appelait ses « voies en Christ », c’est-à-dire sa manière de vivre. Et plus tard, dans d’autres circonstances, Paul s’attendait à ce que Timothée soit un modèle pour les fidèles, à Ephèse (1 Timothée 4 :12). Comment Timothée était devenu un modèle ? Avec un père, Paul, qui parle de son disciple comme d’un enfant bien-aimé. Il est reconnu qu’un enfant aura de la peine à apprendre dans un contexte d’éducation où il n’est pas encouragé. On ne sait que trop bien comment l’humiliation publique subie par l’élève en classe peut le conduire à l’échec scolaire alors que dans un autre contexte il aurait très bien réussi. L’amour est l’atmosphère dans laquelle on devient un modèle. Les enfants essayent de mettre leurs pieds dans les chaussures ou les pantoufles trop grandes de leurs parents. Ils n’arrivent pas à marcher correctement mais ils manifestent leur désir de ressembler à ceux qui les aiment. L’enfant debout sur un tabouret fait la vaisselle avec sa mère et sur les genoux de son père tient le volant de la voiture (à l’arrêt cela s’entend…) Il n’y a pas de transmission réussie sans amour.

Paul continue dans 1 Corinthiens 4 :17 par préciser : bien-aimé et fidèle. Timothée ne sera un modèle pour les disciples que dans la mesure où ce qu’il a reçu dans cette atmosphère d’amour il y demeure attaché fidèlement. Il ne s’agit pas seulement de raconter des souvenirs et d’être émotionnel. Il s’agit d’obéir, d’observer fidèlement le modèle reçu, d’être éprouvé dans notre fidélité. Paul se souvenait des larmes de Timothée (2 Timothée 1 :4) et priait pour lui sans cesse. Il se souvenait de sa foi « sans hypocrisie ». Timothée avait été éprouvé avec Paul (2 Timothée 3 :10-11). Sa fidélité avait été éprouvée. Ce qu’on demande à un témoin pour être crédible, c’est d’avoir été vraiment présent et en contact avec la personne ou la situation, et c’est de transmettre fidèlement ce qu’il a vu et entendu. Et Timothée est présenté par Paul comme un témoin crédible, étant proche de Paul autant qu’un enfant de son père, étant fidèle dans la transmission du modèle observé et vécu.

Or un enfant n’est pas nécessairement conscient de la ressemblance qu’il a avec ses parents, pas seulement physique, mais surtout dans les mimiques, les réparties, le ton de la voix, l’attitude, le caractère, l’éducation en un mot. L’enfant reflète ce que sont ses parents plus sûrement qu’une caméra cachée.

Nous ne sommes pas conscients d’être des modèles, notamment dans les choses simples de la vie. Mais ceux qui nous observent ont tôt fait de voir que nous reflétons quelque chose de différent que ce que le monde peut donner. Nous sommes la lumière du monde. Nous sommes des modèles. Toutefois cela n’est vrai que dans la mesure où nous restons dans cette atmosphère de simplicité, de foi et d’amour qui caractérise la relation d’un enfant avec son père. C’est pourquoi Paul dit dans Ephésiens 5 :1 « soyez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés. » Nous savons que Jésus nous a demandé de devenir comme des petits enfants dans le domaine de la foi. Et pour cause : c’est dans cette attitude que nous reflèterons vraiment Jésus.

D’autre part, Paul fait prendre conscience à Timothée de son rôle important. Il lui fait prendre conscience qu’il est un modèle pour beaucoup. Nous aussi, nous devons vivre d’une manière digne de l’appel à être des modèles, sans chercher à créer ce modèle de toutes pièces, mais en nous souvenant de qui nous sommes, et laissant toujours plus de place à l’Esprit de Jésus en nous.

Nous ne devrions pas dire à quelqu’un « tu n’es pas un modèle ! ». Tout au plus pouvons-nous affirmer : tu n’es pas un bon modèle ! Car nous sommes tous des modèles de quelqu’un. Paul était éminemment conscient d’être un modèle (ex : 1 Timothée 1 :15-17) et transmet cette conscience à Timothée. Ce n’était pas de l’orgueil. C’était son ordre de mission, ce pourquoi il avait été envoyé. Et ceux qu’il formait étaient eux-aussi chargés d’être des modèles. Et peut-être cela vous paraît-il un lourd fardeau. Il faut alors comprendre un autre aspect très important de l’imitation de Jésus-Christ.

Imiter Jésus ensemble

Dans Philippiens 3 :17, Paul nous dit « Soyez mes imitateurs, frères… ». Mais notre traduction française ne fait pas justice au texte. Le verbe « imiter » ici devrait se traduire « imiter ensemble ». Le préfixe « syn » qui se retrouve dans notre mot « symphonie » est utilisé ici devant le mot grec. Imiter en symphonie. Imiter ensemble. C’est à l’amour que nous avons les uns pour les autres que le monde reconnaîtra que nous sommes les disciples de Christ ! Jean 3 :35. Ce n’est pas une performance individuelle mais collective. Ce n’est même pas une performance… c’est une grâce. La grâce de vivre ensemble dans la présence de Dieu et chercher ensemble à lui ressembler.

Cela n’enlève rien à notre responsabilité d’imiter Christ à titre individuel, mais nous ne pourrons pas y réussir sans lui ressembler dans nos relations les uns avec les autres. Regardez une chorale. Au moment où les choristes ensemble se mettent à adorer Dieu de tout leur cœur, vous voyez un reflet de Christ sur la chorale sans qu’un choriste domine sur un autre. C’est ensemble qu’ils sont témoins. On peut observer dans les Actes des Apôtres et dans les épitres à quel point les disciples de Jésus veillaient à rester dans cet amour et cette symphonie d’imitation du caractère de Jésus-Christ. Barnabas a vu la grâce de Dieu à Antioche et encouragé cette église. Pierre dit bien que Paul est compliqué parfois dans ses épitres mais il l’appelle « notre bien-aimé frère Paul » (2 Pierre 3 :15). Ce seul témoignage pèse lourd dans notre Nouveau Testament : si Pierre et Paul avaient été divisés… le reflet de Christ sur la première église aurait été singulièrement brouillé. Mais ils avaient appris à travailler dans l’amour. Paul lui-même explique qu’il a recherché cette communion avec Pierre lors de son premier voyage à Jérusalem (Galates 1 :18).

D’autre part, imiter Christ ensemble est une sécurité. Nous nous corrigeons mutuellement, nous évitons le symptôme du « cavalier seul », qui croit être semblable à Jésus et ne voit pas ses propres faiblesses. Paul avait transmis le modèle à Timothée en présence d’un grand nombre de témoins (2 Timothée 2 :2), Pierre était venu chez Corneille accompagné de six hommes. On ne pressait pas le sceau de l’image de Christ sur les nouveaux disciples sans veiller à ce que cette image soit communautaire.

Et pour revenir à l’épitre aux Philippiens, Paul leur dit : « rendez ma joie parfaite » en les exhortant à avoir la pensée de Christ, une communion d’Esprit, de la compassion, de l’encouragement dans l’amour… (2 :1-5). Cette imitation ensemble de Christ était le comble de la joie pour Paul. C’était le couronnement de sa mission. Une église unie dans l’amour. Une église qui ressemble à Jésus.

Des générations de disciples

Dans Philippiens 3 :17, nous continuons notre lecture… il est dit « soyez (ensemble) mes imitateurs… portez les regards sur ceux qui marchent selon le modèle que vous avez en nous. »

Nous voyons ici que le modèle n’est pas statique ou ponctuel. Certains chrétiens ou leaders ne sont des modèles que deux heures par semaine, à l’église ou dans le cadre de l’église. Mais ils ne sont pas des modèles à la maison. Ils ne « marchent » pas selon le modèle de Christ qui, lui, était un modèle 24h sur 24, quel que soit l’endroit où les circonstances.

Nous voyons aussi qu’il y a plusieurs personnes impliquées dans le processus :
– Paul : le modèle standard, la première génération.
– Les disciples qui marchent selon le modèle de Paul (Paul leur demande d’observer s’ils marchent selon le bon modèle ou non !) Timothée faisait partie de cette seconde génération.
– Les auditeurs de cette lettre lue à l’église de Philippe : ceux qui doivent imiter le modèle ! C’est la troisième génération.

On peut repérer ces mêmes générations dans 1 Corinthiens 4 :17, 2 Timothée 2 :2 (en général la seule référence invoquée à ce sujet, mais on voit qu’il s’agit d’une parmi d’autres !).

On est donc loin d’une sorte de groupe de chrétiens individualistes faisant chacun sa petite cuisine religieuse et s’imaginant connaître Jésus sans avoir jamais marché selon le modèle… Vous avez certainement entendu cette phrase typique : « Moi je pense que Jésus n’était pas comme cela, mais plutôt comme ceci… » Et voilà qu’on se crée un Jésus à notre image. Il n’est pas difficile d’imiter un modèle si le modèle est nous-mêmes… On appelle cela être fidèle à soi-même. C’est déjà quelque chose, mais si le modèle est mauvais, on est très loin du compte. Il n’y a dans cette réflexion aucune recherche, ni dans la Bible, ni dans la prière, ni dans les générations qui nous ont précédé… ni dans les modèles vivants autour de nous que nous pourrions au moins reconnaître à leurs fruits…

Une église qui fonctionne en « générations » comme nous le voyons dans ces épitres de Paul et dans les Actes des Apôtres n’est pas une organisation de type démocratique, même si le dialogue y est très présent. C’est une famille où il y a une éducation, des valeurs, une transmission, un cadre, des modèles…

Un modèle universel

Finalement, nous nous apercevons que Paul avait un enseignement standard très précis qu’il donnait partout. 1 Corinthiens 4 :17 nous dit : « il vous rappellera mes voies en Christ, telles que je les enseigne partout dans toutes les églises. » Une traduction dit : « il vous rappellera mes voies en Christ, qui s’accordent avec ce que j’enseigne partout dans toutes les églises. » (New International Version reprise en Français). Ce que Paul enseignait était en adéquation avec ce qu’il vivait, si bien qu’il demandait à Tite de « dire ce qui est conforme à la saine doctrine ». Ce qu’il entendait par là était une liste de choses très pratiques : « dis que les vieillards doivent être sobres, respectables, sensés, sains dans la foi, dans l’amour, dans la patience. Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l’extérieur qui convient à la sainteté… etc. » (Tite 2 :1-3). Vous voyez comme je ne cite pas le passage entier, de peur de vous ennuyer… parce que nous avons perdu de vue à quel point ces aspects pratiques qui faisaient partie du modèle universel enseigné à tous les disciples du Nouveau Testament étaient considérés comme aussi importants que la doctrine de la justification par exemple.

Historiquement nos pays occidentaux ont une très longue tradition chrétienne si bien que ces préceptes sur la famille, sur l’équité, la gestion des finances, la droiture dans les paroles, l’habillement, la piété etc. sont passés en grande partie dans notre culture. On peut donc les rappeler en s’appuyant sur ce fond inconscient de christianisme transmis de génération en génération dans les « bonnes » familles. Mais si cela était vrai il y a encore cinquante ans, le paysage spirituel a totalement changé. Nous savons pertinemment que notre génération a perdu la plupart de ces standards. Et même s’il en reste quelques-uns ils ont été suffisamment édulcorés ou déformés pour que les exhortations de Paul fassent figure de leçons de morale vieux jeu… la petite maison dans la prairie a fait long feu.

Aujourd’hui, l’église dans son ensemble, a donc depuis longtemps renoncé à enseigner systématiquement cette partie pratique de la vie chrétienne pour se concentrer sur la « théologie », pensant que le reste était automatique. Mais le monde a changé ! Ainsi les disciples modernes adhèrent-ils à la justification par la foi, à la grâce reçue, mais n’ont même pas le début d’une notion du sacrifice de la foi et de la grâce donnée… Et s’ils en ont l’intuition et veulent donner leur vie, on s’empresse de les en dissuader en leur disant qu’il leur suffit de lever les mains dans la louange. En revenant au modèle universel transmis par Paul, on s’aperçoit que dans toutes ses épitres (ou presque, car parfois il répondait à des questions précises sans suivre son modèle standard) assez générales, il y a une première partie qui présente le salut en Jésus-Christ, et une seconde partie que l’on pourrait intituler : marcher d’une manière digne de l’appel reçu ! Vous vous serez aperçu par exemple que les épitres de Paul aux Ephésiens et aux Colossiens suivent une trame parallèle. Et vous pourrez en tirer certaines conclusions concernant le contenu de ce modèle « universel » pour faire des disciples. Il serait donc grand temps de revenir à ce modèle, en paroles et en actes.

En conclusion, nous avons commencé à soulever le voile sur la manière pratique dont la première église (ou les premières églises) formait des disciples et veillait à ce que l’image de Christ se reflète dans son corps sur la terre de manière conforme à sa Parole. Jésus est la Parole faite chair. Oui, il y a un modèle. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle n’y a pas de modèle mais seulement des principes… Il ne s’agit pas d’une forme unique d’organisation, mais d’un modèle unique de vie. Jésus a dit : « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. » C’est un chemin exigeant mais glorieux. Jésus t’invite à le suivre.

Jean-Hugues Jéquier


 

Auteur: Co-fondateur et directeur d’étude de l’IFIM, Institut de formation International de Marseille, Jean-Hugues Jéquier a particulièrement à coeur le monde musulman et la formation de leaders chrétiens équipés dans la Parole et dans l’Esprit. Il est marié et père de 3 enfants.


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