« Voici comment il se manifesta »

Avr 24, 2020 | à la Une, la résurrection

Dans Jean 21, nous avons le récit de la troisième apparition de Jésus à ses disciples : « c’était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples, depuis qu’il était ressuscité d’entre les morts. »

Nous avons l’habitude de considérer les apparitions de Jésus à ses disciples comme une manière de leur démontrer qu’il était vivant. Cela s’accorde avec Actes 1 : 3 qui nous dit « C’est à eux (les apôtres) aussi qu’avec plusieurs preuves, il se présenta vivant, après avoir souffert… » mais la seconde partie de ce passage nous montre que ces apparitions poursuivaient un autre but aussi : « …et leur apparut pendant quarante jours en parlant de ce qui concerne le royaume de Dieu. » Les deux premières apparitions de Jésus aux disciples, selon l’Evangile de Jean, eurent lieu le jour de la résurrection, sur le soir (Jean 20 :19) et huit jours après (Jean 20 :26). Ces deux premières apparitions, qui ont lieu à Jérusalem, poursuivaient le but de prouver aux disciples que Jésus était vivant, mais pas seulement. Jésus leur communique des ordres, leur communique le Saint-Esprit, et continue à les enseigner.

Pourquoi Jean précise-t-il ici que c’était la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples ? C’est que les deux premières auraient dû suffire. Jésus voulait donc communiquer quelque chose de différent lors de ce troisième rendez-vous. Le ministère de Jésus pendant sa résurrection ne se limitait pas à communiquer des ordres, aussi important cela fut-il. Pour mieux comprendre ce que Dieu cherchait à faire avec les disciples ici, il faut tenir compte d’une part du contexte et d’autre part de cette phrase très significative du verset 1 : « Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples, sur la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta. »

Premièrement il faut souligner que Jésus se « manifeste ». Plus qu’une apparition, il s’agit d’une communication de lui-même. Celui qui a dit dans le même Evangile « je suis le pain de vie », « je suis la porte des brebis », désire qu’on le mange, désire qu’on passe par lui, se rend disponible, se donne à nous.
Deuxièmement, Jean souligne la manière dont cette troisième apparition a lieu, le moment, l’endroit, l’occasion : voici comment ! Ce comment a toute son importance. En effet, Pierre et ses amis étaient probablement découragés et désillusionnés.

Pierre avait perdu ses illusions sur son rôle de leader, même s’il était un leader naturel, au vu de son triple reniement du Maître alors qu’il s’était vanté d’avoir le courage de le suivre jusqu’à mourir pour lui… Les disciples étaient également déçus de la mission de Jésus qui semblait bien mal se terminer. Luc 24 nous raconte comment les deux disciples qui marchaient en direction d’Emmaüs furent rejoints par Jésus ressuscité, ne le reconnurent pas mais lui dirent leur déception : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits… » (verset 21). Jésus les avait avertis de sa mort et sa résurrection, mais ils n’avaient pas vraiment compris et leur espoir d’un Messie qui les délivrerait de l’envahisseur romain et de toute la souffrance que cela impliquait les empêchait, même après la résurrection, d’accepter une autre réalité. Au point qu’au moment de l’ascension, les disciples demandent à Jésus : « Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume pour Israël ? » (Actes 1 :6). Jésus ne leur dit pas que ce n’est pas ce que Dieu veut faire, mais que ce n’est pas décidément pas le temps, non ! Une troisième déception s’ajoutait à ces deux premières : la caisse des disciples était probablement vide. Leur trésorier s’était suicidé et Jésus, bien que leur apparaissant de temps en temps, n’était plus là comme leur Maître au jour le jour : plus de dons, plus de foules pour écouter le Maître… l’entreprise d’évangélisation s’était bel et bien arrêtée brusquement et la menace de la persécution n’arrangeait pas les choses. Lorsque Pierre dit : je vais pêcher, on entend : « je retourne à la pêche… ». En d’autres termes : « ces trois ans et demi avec Jésus, c’est un coup pour rien. On est de retour à la case départ, on doit de nouveau chercher à gagner notre pain par nos propres moyens, on a perdu nos illusions, notre rêve, tout cela a duré, c’est fini. » Et ses amis le suivent : « Nous allons aussi avec toi. »

C’est dans ce contexte que Jésus décide d’apparaître à ses disciples. Pourquoi sur les bords du lac de Galilée (ou Tibériade, ce qui revient au même à quelques nuances près) ? Parce que Jésus avait effectivement donné rendez-vous à ses disciples en Galilée, sur une certaine montagne (voir Matthieu 26 :32, 28 :7 et 16). Après cette première semaine à Jérusalem, après les deux premières apparitions de Jésus, ils étaient donc montés en Galilée et c’est durant ce périple que Pierre avait pensé sérieusement à jeter l’éponge… La Galilée, c’était bien sûr l’endroit où l’aventure avait vraiment commencé… Nous verrons dans un autre enseignement pourquoi la Galilée, mais ce qui nous intéresse ici c’est la mise en scène de Jésus.

Voici comment il se manifesta. Il se manifeste au bord du lac où il avait appelé ses disciples pour la première fois. Oui, ils l’avaient déjà rencontré au bord du Jourdain (voir Jean 1), mais cela avait été une rencontre passagère. Lorsque l’apôtre Jean écrit son Evangile, il est très âgé, il habite à Ephèse, d’après la tradition, et il ne souhaite pas écrire un quatrième Evangile sur le même registre que les trois premiers : les faits, l’histoire, la chronologie des événements étaient connus de tous. Ce que Jean voulait faire, c’était de communiquer aux chrétiens du premier siècle ses mémoires, ses souvenirs personnels, une sorte de complément aux trois premiers Evangiles. Des tableaux, des anecdotes, pour approfondir, communiquer aux disciples de son temps quelque chose de ce qu’il avait vécu avec le Maître et qui n’apparaissait pas dans les autres Evangiles. Et lorsqu’on arrive au dernier chapitre de son Evangile, on arrive peut-être au moment le plus secret, le plus profond, le plus intime de toute cette histoire. Sur le plan littéraire, Jean va lier la gerbe de façon magistrale, mais c’est plus que de la littérature. C’est un témoignage à la réalité du Jésus que nous servons aujourd’hui, c’est une histoire qui peut devenir notre histoire.

L’histoire que tout le monde connaissait d’après l’Evangile de Luc, c’était l’histoire de la pêche miraculeuse dans Luc 5 :1-11. Jésus s’était invité dans la barque de Pierre, avait prêché de là à la foule sur le rivage, puis, après ce long enseignement, avait demandé à Pierre d’avancer en eau profonde et de jeter les filets. Pierre n’avait rien pris la nuit précédente… mais il obéit. Et les filets se remplissent au point de se rompre. Pierre reconnaît qu’il est un homme pécheur, demande à Jésus de s’éloigner de lui, mais en même temps lui et ses compagnons répondent à l’appel du Maître, laissent tout derrière eux et le suivent. Cette histoire, inutile de le dire, devait être restée gravée dans la mémoire de Pierre et dans la mémoire des fils de Zébédée, qui étaient présents eux-aussi dans notre récit de Jean 21.
Voici comment il se manifesta : il se manifesta au bord du même lac, après une nuit de pêche infructueuse, comme à l’époque de l’appel des disciples. Et il leur demanda comme la première fois de jeter le filet et le filet se remplit comme la première fois. A la seule différence que cette fois il ne se rompit pas. Détail qui n’a pas échappé à Jean (21 :11). L’autre différence c’est qu’il n’y a pas la foule. Enfin Jésus les accueille sur le rivage avec un feu, un repas, de quoi les réchauffer et les réconforter après une nuit de travail. Le filet déchiré représente une équipe découragée, de déserteurs, sans autre plan que celui de sauver leur peau. Mais Jésus vient réparer ce filet et en faire un filet indéchirable, solide. C’est un rendez-vous très important, majeur, dans la vie de Pierre et ses compagnons. On sent bien que Pierre est visé dans tout ce chapitre, et il avait besoin de ce traitement de faveur, bien que ce fut un traitement de choc en même temps…

Jésus comme un metteur en scène de génie ramène les disciples à leur premier appel, et leur demande en substance : est-ce que vous êtes toujours partants ? Cela impliquait plusieurs leçons douloureuses mais nécessaires :

  • Le Père et le Fils n’avaient pas choisi les disciples pour leurs qualités personnelles mais par grâce et pour en faire des exemples de la grâce immense de Dieu… (Galates 1 :15-16 et 1 Timothée 1 :16). Pierre devait donc regarder à Jésus et non à lui-même.
  • Tout était avant tout une question d’amour : Jésus les aimait, avait donné sa vie pour eux, et s’attendait à ce qu’ils l’aiment à leur tour, et donnent leur vie pour lui. Il appelle clairement Pierre au martyr. Pierre devait suivre Jésus sans se comparer à Jean.
  • La souveraineté de Dieu : ce n’était pas à eux de fixer les temps et les moments. Les souffrances précèdent toujours la gloire. Le temps d’être assis sur des trônes n’était pas venu. Jésus les servait, comme il l’avait fait la veille de sa mort, mais il voulait qu’à leur tour ils soient des serviteurs pour les futurs disciples. Non pas ma volonté mais la tienne ! Pierre devait à son tour servir les disciples avec humilité, ce qu’il communique bien dans 1 Pierre 5…

Voici comment il se manifesta et voici pourquoi !

Jean-Hugues Jéquier

 


 

Auteur: Co-fondateur et directeur d’étude de l’IFIM, Institut de formation International de Marseille, Jean-Hugues Jéquier a particulièrement à coeur le monde musulman et la formation de leaders chrétiens équipés dans la Parole et dans l’Esprit. Il est marié et père de 3 enfants.

 

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *