Un peuple d’adorateurs

Il est dit ici que « le Père cherche des adorateurs ». Vous noterez qu’il n’est pas dit qu’il cherche de l’adoration. Dieu est constamment adoré par les anges et par sa création. Les tableaux de l’Apocalypse de Jean nous révèlent cette adoration extraordinaire offerte au créateur et les psaumes de David se font l’écho de cette adoration. Toutefois le Père recherche des adorateurs.

Pour comprendre de quoi il s’agit il faut se tourner dans le premier chapitre de l’épitre de Paul aux Ephésiens où l’on retrouve trois fois l’expression suivante :

1 :6 « (il nous a prédestinés) pour célébrer la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien-aimé »

1 :12 « afin que nous servions à célébrer sa gloire »

1 :14 « en vue de la rédemption de ceux qui Dieu s’est acquis pour célébrer sa gloire »

Nous apprenons ici que Dieu s’est acquis un peuple par la rédemption, c’est-à-dire par le salut en Jésus-Christ, le prix payé à la croix. Il nous a rachetés à un grand prix, non seulement pour notre libération, mais aussi pour que nous servions à célébrer sa gloire. Pas uniquement la gloire de Dieu en tant que créateur, mais sa gloire en tant que Sauveur : la gloire de sa grâce. La grâce désigne dans le nouveau testament le sacrifice parfait de Christ pour nous pécheurs.

L’adoration du pécheur sauvé par grâce est unique dans l’univers, rien ne peut se comparer à cela. Dans Apocalypse chapitre 4, nous voyons l’adoration des créatures pour leur Créateur. Dans Apocalypse chapitre 5, le ciel est en peine de trouver quelqu’un qui puisse défaire les sceaux du livre de la fin des temps, du déroulement final du plan de salut de Dieu pour l’humanité. Mais finalement l’Agneau qui est sur le trône prend le livre. Lui en est digne parce qu’il a versé son sang pour le salut de l’humanité. Un chant nouveau est alors adressé à Dieu en tant que Sauveur.

Lorsque Jésus parle ici à la femme Samaritaine, il parle à la dernière personne que nous aurions choisie pour faire partie de la chorale céleste des adorateurs. Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, nous ne sommes pas des anges, ces anges qui sont glorieux et puissants, saints. Mais nous les humains, nous avons été créés à l’image de Dieu. Le péché a tout faussé et détourné. Néanmoins le salut nous permet de retrouver notre vocation première. Cette Samaritaine n’était donc pas un ange, elle avait du reste plusieurs handicaps. Premièrement elle était une femme. Oui, à l’époque de Jésus, c’était une difficulté insurmontable. Ensuite elle était étrangère : les samaritains étaient haïs par les Juifs, car ils prétendaient avoir la vérité. Et du reste Jésus, même s’il le fait avec tact, rappelle à cette femme que le salut vient des Juifs, donc bien entendu pas des samaritains. Elle n’avait pas la bonne doctrine. Pour couronner le tout, elle vivait dans le péché. Et c’est à elle que Jésus va donner l’enseignement le plus profond de tout le nouveau testament en lui disant que les adorateurs que le Père recherche sont ceux qui l’adorent en Esprit et en vérité. Oui, c’est l’adoration de tels pécheurs sauvés par grâce qui surpasse l’adoration des anges.

En effet, l’épitre aux Hébreux nous démontre que les anges sont au service de ceux qui doivent hériter du salut (1 :14), c’est dire si nous sommes importants aux yeux de Dieu ! Puis Hébreux nous dit que ce ne sont pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir (2 :5), c’est dire notre destinée extraordinaire en Jésus-Christ, celui qui a été pour un peu de temps inférieur aux anges pour ensuite être placé au-dessus de tout pouvoir (2 :5-8), et nous conduire nous aussi à la gloire (2 :10). Car il n’était pas venu en aide à des anges, mais à la descendance d’Abraham (2 :16). Les anges eux-mêmes désireraient plonger leur regard dans ce mystère du salut et de l’adoration des rachetés, mais ils ne peuvent pas comprendre de quoi il s’agit, n’ayant pas eux-mêmes vécu le pardon des péchés (1 Pierre 1 :12).

Lorsqu’on parle d’adoration, on peut avoir à la pensée les temps de louange que nous vivons avec nos cantiques, et cela en fait partie, mais du point de vue biblique, l’adoration est le service que les sacrificateurs font dans le temple. Le mot grec qui désigne cette activité est celui qui a donné notre « liturgie » en français, de « leitourgein » en grec. Il vient de la version des Septante et décrit ce service d’adoration dans le tabernacle ou le temple. Les sacrificateurs offraient les victimes sur l’autel puis en portaient le sang à l’intérieur du lieu saint ou du lieu très saint, avec le parfum qui représentait les prières du peuple. Or aujourd’hui, nous sommes tous appelés à être des sacrificateurs, sous la direction de Jésus, décrit comme notre souverain sacrificateur. Les textes suivants nous montrent notre rôle de sacrificateurs dans le tabernacle céleste : Hébreux 10 :19ss, 1 Pierre 2 :4-5, Romains 12 :1-2 et 15 :15-16, Apocalypse 1 :5-6 et 5 :10.

Mais nous avons de la peine à saisir cet appel extraordinaire, parce que l’église a perdu le sens de sa destinée céleste, toute préoccupée qu’elle est d’obtenir les gloires de cette terre, réputation, influence, pouvoir, argent, honneurs, respectabilité… Pourtant nous devrions nous préoccuper de servir Dieu dans son temple avant de faire quoi que ce soit d’autre. Jésus a choisi ses douze pour être « avec lui », avant de les choisir pour « les envoyer » (Marc3 :14). Evidemment que nous sommes envoyés dans le monde. Mais à quoi cela servirait-il, si nous n’avions pas d’abord passé du temps avec lui dans le temple céleste, dans l’adoration, à son écoute, à la manière de Moïse sur le Sinaï, contemplant le tabernacle céleste, modèle du tabernacle qu’il devait construire sur la terre ?

Pendant que Moïse est sur la montagne, le peuple s’impatiente et demande à Aaron : « fais-nous des dieux qui marchent devant nous ! » (Exode 32). Pourtant le commandement était clair : « tu ne te feras pas de statue, ni de représentation quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, de ce qui est en bas sur la terre, et de ce qui est dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte. ; car moi l’Eternel ton Dieu, je suis un Dieu jaloux… » (Exode 20). Les adorateurs que le Père recherche ne l’adorent pas sur telle ou telle montagne, ni sur un écran de téléphone ou d’ordinateur, mais en Esprit. 1 Pierre 1 nous le décrit ainsi : « vous croyez en lui sans l’avoir vu, vous l’aimez sans le voir encore… » Or aujourd’hui, l’église s’exclame : « fais-nous des dieux qui s’animent devant nos yeux. » Et ces dieux sont des prédicateurs ou des stars qui apparaissent sur nos écrans. Souvenons-nous du livre à portée prophétique de Jacques Ellul intitulé « la parole humiliée ». Adorer en Esprit signifie adorer par la foi, par amour, sans avoir vu, dans la persévérance de l’église qui attend le retour de son Seigneur. Oui, l’internet et la technique nous permettent de répandre l’évangile, ce sont en eux-mêmes des instruments neutres, mais l’esprit du monde n’est jamais très loin, et nous devons nous en défier.

Les chrétiens ont bien compris qu’il n’y a pas de lieu plus qu’un autre pour adorer Dieu. C’est comme le wifi : nous pouvons nous connecter partout par la prière. Toutefois ils n’ont pas réalisé que lorsque les membres du corps se réunissent en un même lieu (Actes 2 :1), il y a plus que le wifi, il y a la fibre : notre assemblée au nom du Seigneur réunit les conditions d’une plus grande révélation (Hébreux 2 :12). Tout le peuple est en prière dans la cour du Temple au moment du parfum dans Luc 1 :10-11. C’est alors qu’un ange apparaît à Zacharie. Il s’agit de rendez-vous particuliers, de convocations et le principe se vérifie dans l’ancienne comme dans la nouvelle alliance (Nombres 10, 2 Chroniques 10 :13-14 et 1 Corinthiens 14 :23-33).

Adorer en vérité. La sincérité ne suffit pas. On peut être sincèrement dans l’erreur. Jésus dit à cette femme : « nous adorons ce que nous connaissons. » L’être humain a été conçu pour adorer comme l’oiseau pour voler ou le poisson pour nager. Mais l’objet de son adoration a été détourné du créateur vers la créature (Romains 1), et l’adoration du vrai Dieu n’est plus l’activité numéro un du peuple français. Mais cela peut le redevenir. Parce qu’en réalité, nous dépendons de Dieu pour toutes choses. C’est le rationalisme qui nous a privés de cette conscience de notre besoin de Dieu. Alors, après avoir rejeté la prière, des matines, des vêpres, des prières avant le repas, nous avons adoré la science, nous adorons la nature, nous nous sommes prosternés devant des hommes providentiels, nous avons mis notre espérance dans la finance internationale mais nous ne nous sommes pas tournés vers Dieu. Nous sommes gavés d’images mais nous ne retenons pas la Parole. Les dix commandements ne sont qu’un lointain souvenir, très lacunaire. Jésus est pourtant l’image du Dieu invisible, il est venu pour ramener notre regard vers le Père, pour faire de nous des adorateurs en Esprit et en vérité, parce qu’il est, lui, la vérité.

Il n’y a qu’une seule cure à la maladie des écrans et du détournement de l’adoration dans notre génération : la croix. Dieu nous appelle à la repentance, à nous détourner des idoles pour servir le Dieu vivant. Les conséquences de l’idolâtrie sont décrites à la fin du chapitre 1 de l’épitre aux Romains, impureté, confusion des genres. Notre génération est la croisée des chemins.

Nous avons parlé de la vraie adoration comme d’une activité qui a lieu dans le temple céleste, lorsque nous sommes dans la prière, étant passés auparavant par l’autel, contemplant Christ crucifié pour nos péchés, et que nous nous présentons devant le Père, aux côtés duquel se tient notre avocat, notre souverain sacrificateur, Jésus (Hébreux 10 :19ss). Mais maintenant il s’agit de revenir sur la terre pour évaluer les effets de l’adoration : lorsque l’église est à sa place dans les lieux célestes, l’atmosphère sur la terre change. Dieu peut ouvrir les écluses des cieux et bénir la terre. Le climat revient à la normale, l’économie repart, la corruption s’arrête. L’église sel de la terre a retrouvé sa saveur.

Les livres de Néhémie et Malachie décrivent ce que l’on pourrait appeler le cycle de l’adoration : les sacrificateurs servent Dieu dans le temple parce qu’ils sont nourris par les dîmes qu’on apporte à la « maison du trésor », c’est-à-dire des chambres du temple consacrées à cet effet, et offrent les sacrifices apportés par le peuple de Jérusalem et de Juda. Mais lorsque les dîmes ne sont plus apportées et que les sacrifices ne sont plus présents, les sacrificateurs s’enfuient et retournent dans leurs villages pour cultiver leurs champs et trouver de quoi manger. Alors Dieu ferme son ciel et la sécheresse s’abat sur le pays. Les récoltes sont maigres et les dîmes n’ont plus de poids, de toute manière elles n’étaient plus apportées. Le cycle est déréglé, le pays est en souffrance. C’est bien ce que nous observons dans nos pays sur le plan du climat, de l’économie, de l’éducation, de l’église : un dérèglement. Alors des prophètes comme Malachie ou Joël à une autre époque appellent le peuple à la repentance (et non au tri sélectif ! même si ce dernier se justifie pour des raisons de bon sens). Par suite de ce retour à Dieu, Dieu ouvre son ciel, la pluie revient, les récoltes sont de nouveau abondantes. Alors les dîmes sont de nouveau apportées. Les sacrificateurs sont à leur poste, l’adoration monte et la bénédiction descend sur le pays (2 Chroniques 7 :13-14).

Il est temps que le peuple de Dieu revienne à la source. Que nous vivions la culture d’Actes 13 où les responsables de l’église d’Antioche servaient Dieu dans son temple céleste par le jeûne et la prière, avant d’être envoyés dans le monde pour y répandre l’évangile. Réfléchissons à nos priorités, en famille, en église, en société. Et Dieu nous visitera.


 

Auteur: Co-fondateur et directeur d’étude de l’IFIM, Institut de formation International de Marseille, Jean-Hugues Jéquier a particulièrement à coeur le monde musulman et la formation de leaders chrétiens équipés dans la Parole et dans l’Esprit. Il est marié et père de 3 enfants.

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