L’IA et être connu de Dieu

Galates 4 :8-9 « Autrefois vous ne connaissiez pas Dieu et vous serviez des dieux qui, par nature, ne le sont pas. Mais maintenant, après avoir connu Dieu, et surtout après avoir été connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres principes élémentaires auxquels vous voulez à nouveau vous asservir ? »

Dieu sait tout. Que veut donc dire « être connu de Dieu » ? Quand Paul dit « après avoir été connu de Dieu », il fait allusion à un moment dans notre vie, le moment de notre rencontre avec Jésus. Il ne parle pas seulement de l’omniscience de Dieu de manière générale.

Prenons l’exemple de Pierre sans l’évangile de Jean.

Simon est amené vers Jésus. « Jésus le regarda et dit : Tu es Simon, fils de Jonas : tu seras appelé Céphas – ce qui se traduit : Pierre. » Cette parole est performatrice et transformatrice.

Prenons l’exemple de Nathanaël.

Dans le même chapitre 1 de Jean, Jésus lui parle et dit de lui « voici vraiment un Israélite dans lequel il n’y a pas de fraude », ce qui est une déclaration extraordinaire ! Et Nathanaël lui répond : d’où me connais-tu ? Et Jésus lui répond : « avant que Philippe t’ait appelé, quand tu étais sous le figuier, je t’avais vu. »
Ce qui étonne Nathanaël, ce n’est pas juste la parole de connaissance « tu étais sous le figuier ». C’est la phrase : « avant que Philippe t’ait appelé » : Nathanaël, tu ne me rencontres pas parce que Philippe t’a appelé, tu me rencontres parce que c’est moi qui t’ai cherché et qui te connaissais avant que tu me connaisses.

Donc « être connu de Dieu » ce n’est pas une déclaration qui se limite à reconnaître l’omniscience et la prescience de Dieu, c’est l’expérience de Dieu qui te parle et te montre qu’il te connaissait depuis toujours, et qui en plus de cela t’appelle par ton nom et te dit qui tu es vraiment ! Et te montre ta destinée.

L’IA ne peut pas te dire quelle est ta destinée. Elle ne peut pas te dire qui tu es vraiment, ce que Dieu connaît de toi, que personne ne peut savoir et que tu ne sais pas toi-même. Concernant les dons naturels, les tests psychologiques auraient certainement détecté les caractéristiques de Pierre et de Nathanaël mais certainement pas leur destinée et ce que Dieu voulait faire d’eux ni leur véritable ADN spirituel.

Paul fait donc la comparaison entre des dieux qui « par nature ne sont pas des dieux » et le Dieu vivant qui nous connaît et nous adresse la parole en nous appelant par notre nom. L’IA fait partie de ces faux dieux : la ressemblance de la statue avec un être vivant peut être frappante, et elle est incroyablement ressemblante avec les robots et l’IA aujourd’hui mais il s’agit néanmoins d’une représentation, d’une construction humaine, sans vie, sans conscience. Tout est imitation et apparence. Le principe est celui des statistiques. C’est un peu comme si vous me posez une question sur le fuseau horaire du japon et que je ne connaisse pas la réponse. Je pourrais vous donner l’illusion de connaître cette réponse en donnant une approximation à partir d’autres connaissances – le Japon est à l’Est, il y a sûrement quelques heures de plus etc…, sans vous dire que c’est une approximation.

Le souci de la vérité ? Ce qui compte c’est le souci de l’apparence de vérité. Et même si l’approximation de la machine devient tellement performante qu’elle tombe pratiquement toujours sur la bonne réponse, le souci de la vérité ne sera toujours qu’apparent. Quand Jésus dit à Simon qu’il sera appelé Pierre, ce genre de connaissance n’a strictement rien à voir avec une enquête de voisinage ou autre démonstration d’érudition. Et pourtant c’est la vérité la plus importante que Pierre avait besoin d’entendre.

Paul parle ensuite de ces « faibles et pauvres principes élémentaires auxquels vous voulez à nouveau vous asservir ». Dans Colossiens 2 :20 il précise qu’il s’agit « des principes élémentaires du monde ». Quand on est connu de Dieu, on est libéré de toutes les catégories dans lesquelles le monde nous a enfermés. Toutefois c’est sécurisant d’être sur des rails, d’appartenir au monde : « si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde a de la haine pour vous » (Jean 15 :19) Le monde a son dieu, le « dieu de ce siècle qui a aveuglé » les yeux des incrédules « afin qu’ils ne voient pas resplendir le glorieux Evangile du Christ, qui est l’image de Dieu ». (2 Corinthiens 4 :4). C’est lui, Jésus, l’image vivante de Dieu. Tout le reste : des statues, des représentations faites par l’homme, des idoles.

La première séduction

Même si l’IA ne reste qu’un outil de recherche extrêmement rapide, la manière dont nous l’utilisons peut rapidement devenir idolâtre. L’IA nous flatte : ce qui nous prenait des semaines de travail, elle nous le donne en quelques secondes. Il y a donc deux séductions. La première : nous sommes devenus comme des dieux. La connaissance est à notre disposition comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité. Or, « la connaissance enfle », mais « l’amour édifie ». Une prédication préparée par l’IA pourrait être la meilleure prédication jamais écrite, mais un seul mot ou une seule phrase prononcés avec le Saint-Esprit auront un impact éternel qu’une heure de discours concocté dans nos ordinateurs ne pourra jamais avoir.
Relisons ce passage de 1 Corinthiens 8 :1-3, qui est une réflexion de Paul insérée dans son enseignement sur les viandes sacrifiées aux idoles. Voici ce qu’il dit :
« La connaissance enfle, mais l’amour édifie. Si quelqu’un pense connaître quelque chose, il n’a pas encore connu comme il faut connaître. Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. »

En d’autres termes c’est cette rencontre avec Jésus où il nous parle et nous appelle par notre nom qui transforme notre vie. Cette expérience est décrite chez Paul par l’expression « être connu de Dieu ». Pour Paul, la connaissance ne permet pas d’accéder à Dieu. 1 Corinthiens 2 :1-16 nous montre que c’est Jésus mort et ressuscité qui nous permet d’accéder à Dieu. « Nul ne vient au Père que par moi » pourrait-être paraphrasé par Paul de la manière suivante : On ne peut accéder à Dieu par la connaissance, mais uniquement par Jésus-Christ crucifié.

La seconde séduction

La seconde séduction est celle du temps : quelques secondes au lieu de semaines de travail. Mais celui qui passe trente heures à préparer un message, passe ce temps dans une attitude de prière. Durant ce temps long il est transformé intérieurement. Les secondes de l’IA ne transforment rien dans le prédicateur. Ceux qui entendront le prédicateur du temps long feront l’expérience d’être connus de Dieu. Ceux qui entendront le prédicateur de l’IA augmenteront leur connaissance. En théorie, l’Esprit de Dieu pourrait utiliser les versets bibliques cités dans cette prédication, mais pourquoi est-ce que Dieu encouragerait un mode de transmission de sa Parole qui court-circuite l’écoute prophétique intime et la participation au conseil divin ?

Indépendamment de l’outil utilisé pour préparer un message (dictionnaire, concordance, IA etc…), tout le monde fait la différence entre le messager qui a vécu ce qu’il prêche et celui qui n’est qu’un perroquet. L’IA ne fait qu’accentuer cette différence car le temps passé dans la prière et la recherche est potentiellement réduit à rien.

La transmission par l’amour : Paul dit que l’amour édifie. Il y a une transmission d’esprit à esprit qui n’a rien à voir avec l’apprentissage intellectuel mais qui a des conséquences dans notre manière de penser et même dans l’acquisition de connaissances utiles au service de Dieu. Ce type de transmission est spirituel et n’a rien à voir avec l’IA.

La troisième séduction

Il y a une troisième séduction, ou plutôt un troisième danger : l’IA et la robotique tendent à réduire les relations entre êtres humains et la prière à rien : l’IA devient notre interlocuteur privilégié. Et le robot va remplacer l’humain dans le soin à la personne : être aidé par un proche ou un infirmier est humiliant, très humiliant. C’est pourtant un processus d’abandon que Dieu permet pour nous faire découvrir une profondeur de confiance et d’humilité qui nous font peur mais qui correspondent à une profonde révélation de l’amour de Dieu. Une machine nous évite ce passage autrefois obligé qui nous apprenait à aimer et à être aimé. Elle nous maintient dans notre bulle individualiste d’où Dieu lui-même est exclu.

Jean-Hugues Jéquier


 

Auteur: Co-fondateur et directeur d’étude de l’IFIM, Institut de formation International de Marseille, Jean-Hugues Jéquier a particulièrement à coeur le monde musulman et la formation de leaders chrétiens équipés dans la Parole et dans l’Esprit. Il est marié et père de 3 enfants.

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